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Remettre l'argent à sa juste place d'impact

Compte-rendu de la table-ronde du 25 janvier 2024



L'argent, ce sujet universellement présent dans nos vies, demeure paradoxal. Tabou, sain, risqué, opportunité, fin, moyen... autant de qualificatifs qui illustrent le grand écart des croyances et des cultures qui entourent la question financière.

Dans le contexte des organisations, l’argent pose la question de la transparence sur les salaires, des salaires bas, des écarts importants au sein d'un même secteur, de son rôle au service des bénéficiaires ou des actionnaires. L'argent est vu comme une possibilité de faire, mais aussi une raison de ne pas faire.

Talent & Impact a rassemblé sa communauté autour d’une table ronde réunissant des professionnels aux parcours divers pour explorer les multiples facettes de l'argent dans le monde du travail. Cet article se propose de décrypter les enjeux, les pratiques et les perspectives évoquées au cours de cette discussion captivante.


L’argent : un sujet partout, un sujet tabou


L'argent, sujet partout et pourtant tabou, s'immisce dans tous les aspects de nos vies professionnelles. La table ronde a rassemblé trois intervenants, chacun avec une perspective unique sur la question de l'argent.


> Carine Sit, forte d'une expérience dans différents mondes professionnels (conseil, ONG, ESS…), souligne l'impact des transitions professionnelles sur notre relation à l'argent. En tant qu'enfant de réfugiés politiques, elle évoque aussi l’indispensable travail sur soi pour comprendre sa relation à l’argent et les différences culturelles qui l'entourent.


> Fabien, co-DG d'ARES et entrepreneur, apporte un regard organisationnel et systémique sur la place de l’argent dans les organisations qu’il pilote.


> Edouard, sociologue spécialisé dans la santé au travail, apporte une dimension sociologique à la discussion. Son expérience de recherche sur le lien entre l'argent gagné par le travail et les perceptions individuelles ajoute une perspective académique et pratique à la table ronde.


L'Éducation et l'Argent


La première question posée aux intervenants porte sur l'éducation reçue autour de l'argent et l’impact que cela a aujourd’hui dans les organisations dont ils font partie. 

Fabien évoque la prudence inculquée par ses parents, qui se traduit aujourd’hui dans son rôle de dirigeant par la recherche de construction du chiffre d'affaires plutôt que dans des levées de fonds risquées. L'expérience d'une quasi-faillite d'ARES a marqué une logique de prudence dans toute l'organisation.

Carine et Edouard partagent eux les injonctions contradictoires héritées culturellement et au sein de leurs familles respectives. La relation à l’argent est pour eux pleine de paradoxes que chacun doit s’atteler à déconstruire. 


Des Chiffres pour Comprendre les Mythes et Réalités


Edouard partage des chiffres clés tirés d'enquêtes et sondages pour éclairer les mythes et réalités autour de l'argent au travail. Selon un sondage IFOP d'octobre 2023, 68% des interrogés estiment que l'argent est le principal tabou en entreprise. Un baromètre du syndicat des cadres CGT indique que plus de 50% estiment ne pas être assez payés par rapport à leur implication.

La question de la perception de l'argent gagné se pose également. Comment l'argent est-il dépensé en fonction de la manière dont il est gagné (salaire, bonus, prime, indexation individuelle ou collective etc.) ? Quelles sont les émotions ou sentiments ressentis individuellement en fonction de comment il est gagné ? 


Les Modèles Organisationnels Vertueux et Leurs Limites

Les intervenants partagent ensuite des modèles organisationnels vertueux qu'ils ont expérimentés, ainsi que leurs limites.

Carine met en avant la transparence des progressions plutôt que des salaires dans le secteur privé du conseil. Elle souligne les avantages de cette approche tout en reconnaissant les biais potentiels. 

Dans le monde associatif, Carine déplore le manque d'éducation financière. Elle a milité pour former bénévoles et salariés sur l'argent, la gestion budgétaire, afin de démystifier et désacraliser cette thématique. Concernant le secteur de l’ESS, elle y observe que la transparence plus répandue et la recherche de réduire les écarts est trop souvent synonyme d’une précarité généralisée.

Dans le cadre d'ARES, Fabien évoque la transparence des salaires et la logique de redistribution des résultats. L’action du groupe se traduit par quatre axes : transparence, réduction des écarts, partage de la valeur, axe d’effort de l’organisation. Cependant, il souligne les limites auxquelles l’organisation se conforte :  risques associés à une logique égalitariste trop poussée, difficulté à attirer des talents, enjeux de soutenabilité et rentabilité. 

Edouard insiste sur l'équilibre à trouver entre la pensée collective (échelle de l’organisation) et individuelle (échelle de l’individu), cette dernière ayant eu tendance à prendre le dessus avec l'individualisation des systèmes de rémunération depuis l'après-guerre.  


Investisseurs et Gouvernance : Quel Rôle dans la Distribution de la Valeur ?


La question du rôle des investisseurs dans la répartition de la valeur dans les organisations est abordée.

Fabien évoque l’enjeu d’accompagner les investisseurs à prendre conscience des réalités associées par exemple au niveau de rémunération des collaborateurs. Cependant, il décrit aussi leur rôle positif sur les décisions stratégiques du fait de leur leur compréhension que la rentabilité dépend également de la capacité à attirer et retenir des talents.

Carine pose la question de la répartition de la valeur monétaire et insiste sur l'importance de recréer des liens entre les mondes des actionnaires et des salariés. Elle évoque le besoin de repenser la démocratie en entreprise pour redonner du pouvoir aux collaborateurs.


Le Point de Bascule : Rééquilibrer le Rapport à l'Argent


La table ronde se conclut sur la question cruciale de ce qui pourrait permettre d'arriver au point de bascule, où l'argent serait remis à sa juste place.


Carine propose de décentrer le débat en s'interrogeant sur les modèles économiques et organisationnels. Elle plaide pour une coopération visant à faire bouger ces modèles et à ne pas faire peser le poids de la relation à l'argent uniquement sur les individus.


En ce sens,  Edouard encourage à questionner la dimension morale de la relation à l'argent au sein des organisations. Il suggère de soutenir la compréhension de l'argent par les salariés, tant celui qu'ils touchent que celui qui circule dans l'entreprise.


Fabien propose trois pistes d’action concrètes :

  • Lutter la croyance selon laquelle l'argent est la solution numéro un. En s’appuyant sur l’enjeu de la rétention des talents, il évoque par exemple l’importance de la formation des managers pour fidéliser les salariés ou encore la rénovation des lieux de travail.

  • Changer la culture du monde associatif pour sortir du rapport sacrificiel à l’argent, par exemple en valorisant financièrement le coût de “faire avec moins”. 

  • Faire évoluer les modèles économiques en se concentrant sur l’efficacité pour gagner en rentabilité, par exemple via la mise en place de process ou en s’appuyant sur le numérique.


Ophélie, animatrice de la table-ronde, évoque elle l’importance du courage de la part des dirigeants et organisations. Elle partage les exemples de deux entreprises qui ont décidé d’arrêter des activités lucratives mais non cohérentes avec leur raison d’être.


Conclusion : L'Argent, Nerf de la Paix


La table ronde a mis en lumière la complexité du rapport à l'argent dans le monde professionnel. Entre éducation, modèles organisationnels, enjeux de gouvernance et conditions de travail, l'argent agit comme un fil conducteur invisible, influençant nos vies de manière profonde. La conclusion, inspirée de la citation "l'argent ne sera plus le nerf de la guerre mais le nerf de la paix", souligne la nécessité de repenser notre relation à l'argent pour construire des environnements de travail plus équitables et harmonieux.



Pour aller plus loin, quelques ressources citées par nos intervenants : 

> Peter Koenig, 30 mensonges autour de l’argent

> Le genre du capital, Sybille Gollac, Céline Bessière


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